Rendre NGCStudio plus autonome, ce n’est pas découper la maison en zones froides et indépendantes. C’est apprendre à chaque espace à mieux jouer son rôle, pour que le lieu puisse accueillir plus, mieux, et sans transformer ma vie quotidienne en régie permanente avec option survie.
2026 – NGCStudio. Après l’autonomisation progressive de l’appartement NGCHouse (Un appartement sous le studio : accueillir plus longtemps, plus simplement), une nouvelle étape se dessine : rendre le studio lui-même plus lisible, plus confortable, plus accessible, et moins dépendant de ma présence à chaque instant. La maison fonctionne sur trois niveaux :
- En haut, mon espace de vie, mon bureau et la régie.



- Au milieu, le studio, le salon, les espaces d’accueil et de création.



- En bas, l’appartement indépendant, désormais accessible par l’extérieur avec sa petite terrasse.



Pendant des années, tout a été pensé, construit et modifié comme un grand organisme vivant. Un peu maison, un peu studio, un peu laboratoire, un peu vaisseau spatial fait avec des restes de chantier, des idées trop grandes et des câbles qui ont chacun leur arc narratif. Cette logique a permis de créer un lieu rare : un studio de 100 m², un salon de 50 m², de l’hébergement, de la technique, de la régie, des espaces de tournage, de résidence, de musique, d’expérimentation. Mais un système qui grandit finit par poser une question simple : comment continuer à l’utiliser sans vivre en permanence au milieu de son moteur ?
Le projet House 3.0 part de là. Ce n’est plus seulement une phase de construction : c’est le passage du constructeur à l’architecte-utilisateur. L’enjeu n’est pas d’ajouter encore une couche de complexité, au contraire : rendre les usages plus clairs, plus autonomes, plus confortables. Pour les clients, pour les locataires, pour les artistes, pour les équipes techniques, et aussi pour moi. Parce qu’un lieu qui accueille mieux doit aussi permettre à celui qui l’habite de respirer un peu.
Libérer le garage, construire l’atelier
Le premier chantier est probablement le plus structurant : construire un atelier extérieur d’environ 22 m². Les plans 3D sont en cours, le bois de structure est déjà là, et l’étape suivante sera le dossier de permis de construire. Comme souvent ici, l’ordre des opérations compte autant que l’idée elle-même. Il faut avancer avec le budget disponible, récupérer ce qui peut l’être, utiliser ce qui est déjà là, chercher les bonnes occasions, préparer les documents, et continuer à faire tourner le lieu en parallèle. Un petit côté loot de matériaux avant le boss final administratif, mais avec moins de musique épique et plus de formulaires.


Cet atelier est une pièce essentielle pour NGCLab, pour la maison, et pour mon propre équilibre. Il doit accueillir le bois, la CNC, l’impression 3D, l’électronique, les outils, les prototypes, les réparations et tout ce qui permet de continuer à développer la maison. Aujourd’hui, une partie de cette énergie est encore coincée dans le garage, qui sert à la fois d’entrée, d’atelier, de stockage, de sas et parfois de zone de transit pour objets non identifiés.
C’est le paradoxe classique : il faut un atelier pour construire proprement la suite, mais il faut construire l’atelier avec les moyens d’un système qui cherche encore sa stabilité. Le chat qui se mord la queue, version charpente bois et poussière de scie.
Transformer l’entrée du studio en vrai sas
Une fois l’atelier sorti du garage, l’entrée du studio peut enfin devenir une vraie pièce. Aujourd’hui, on entre par le garage avant d’arriver dans le salon de 50 m², qui ouvre ensuite sur le studio de 100 m² grâce à une paroi amovible. Devant, il y a une petite terrasse, un coin plancha et repas, et le chemin qui mène vers l’appartement en sortant à gauche. C’est vivant, pratique, mais encore trop hybride.
L’objectif est de transformer cette zone en entrée claire, accueillante et isolée : un vestiaire, un sas thermique, un sas acoustique, un vrai seuil entre dehors et dedans. Les portes blindées restent en place. Elles assurent la sécurité, et de toute façon elles sont coulées dans le béton, ce qui limite fortement les débats philosophiques sur leur démontage. L’idée est plutôt d’ajouter des baies vitrées devant, pour mieux gérer le bruit, le froid, la lumière et l’usage quotidien.



Aujourd’hui, les grandes portes lourdes restent souvent ouvertes. Ce n’est bon ni pour le chauffage, ni pour le voisinage, ni pour moi quand le studio vit pendant que j’essaie d’exister dans les étages. Les baies vitrées doivent permettre de garder l’ouverture visuelle et la praticité, tout en créant une vraie séparation. Une entrée digne du studio, pas juste un passage entre deux mondes.
Rendre le haut habitable, vraiment
L’autre grande priorité concerne mon étage. Le niveau haut doit devenir plus autonome : un coin cuisine, un point d’eau, des toilettes, un espace salon, mon bureau, et un petit atelier électronique. Pas pour couper la maison en tranches étanches, mais pour éviter que chaque geste du quotidien dépende des espaces du studio ou de l’appartement.
C’est aussi une question de calme. Quand l’appartement est loué en bas, quand le studio accueille de la musique ou des groupes, quand les espaces sont occupés, il faut que je puisse continuer à travailler, dormir, cuisiner, bricoler ou simplement ne pas exploser en vol. Après plus de sept ans à courir partout dans la maison, à construire, accueillir, modifier, réparer et adapter, cette autonomie n’est pas un confort secondaire. C’est une condition pour que le système puisse monter en charge sans m’avaler.
Dans cette logique, chaque petit aménagement compte. J’ai par exemple fabriqué une étagère à l’entrée de l’appartement pour stocker le linge et le nécessaire des locations. Ce déplacement libère deux grands placards dans l’entrée haute, qui pourront devenir une future zone cuisine et toilettes, mais aussi du rangement pour mes vêtements. Pour le moment, une partie est encore stockée dans une chambre au niveau du studio, sous un lit capsule, le premier prototype de ceux installés plus bas.
En libérant cette chambre, je peux ajouter un couchage double supplémentaire. Deux places de plus, donc plus d’options : louer avec le studio, avec l’appartement, seul, ou avec toute la maison. Ce n’est pas juste du rangement. C’est une manière de rendre le lieu plus souple, plus rentable, plus simple à composer selon les usages.
Mieux séparer sans tout isoler
Le chantier le moins visible sera aussi l’un des plus importants : l’isolation phonique entre les espaces. Changer certaines portes, les renforcer, ajouter une séparation dans l’entrée haute, calmer l’escalier qui résonne sur les trois niveaux, mieux isoler le bureau, l’entrée et la mezzanine qui donne sur le studio. Tout cela ne fera peut-être pas les photos les plus spectaculaires, mais changera profondément la manière d’habiter et d’utiliser le lieu.
Le studio doit pouvoir accueillir de la musique tard, des tournages, des locations, des résidences, sans transformer chaque niveau de la maison en caisse de résonance. L’appartement doit rester agréable. Mon étage doit redevenir un espace de repos et de pilotage. Le studio doit pouvoir vivre sans que tout le reste subisse chacune de ses respirations.
Séparer, ici, ne veut pas dire couper. C’est plutôt créer des membranes. Des sas. Des seuils. Des zones qui communiquent quand il faut, et qui se protègent quand c’est nécessaire. À l’échelle de la maison, c’est presque une version physique de ce que j’essaie de construire avec Fondations : des systèmes reliés, mais capables de garder leur autonomie.
Ouvrir l’accès, simplifier l’arrivée
Il y a enfin un chantier extérieur qui conditionne beaucoup de choses : l’accès au lieu. Le chemin et le virage d’entrée ont été mal anticipés au départ, et les manœuvres peuvent vite devenir compliquées selon les véhicules, les livraisons ou les équipes. Je suis donc en train de racheter une bande de terrain pour pouvoir agrandir ce passage difficile.
Ce détail pourrait sembler secondaire, mais il ne l’est pas. Un studio commence avant sa porte. Il commence quand on arrive, quand on se gare, quand on décharge, quand on comprend où aller. Si l’accès est pénible, l’expérience commence déjà avec une petite barre de stress. Et comme le but de House 3.0 est précisément de réduire les frictions, ce virage fait partie du chantier autant que les baies vitrées, l’atelier ou l’isolation.
Rendre la technique accessible
Derrière tous ces travaux, il y a une idée plus large : rendre le lieu plus facilement utilisable par tout le monde, sans le rendre moins puissant. NGCStudio a une partie de son identité dans sa technique : la régie, le réseau, le son, la lumière, la vidéo, la domotique, les possibilités de tournage, de live, de diffusion, de projection, d’automatisation. Mais cette richesse ne doit pas devenir une barrière.
Le défi est donc de rendre les outils professionnels plus accessibles, tout en les gardant réellement utilisables par des pros. Une console son, du DMX, de la vidéo routée, un réseau solide, Home Assistant, des scènes lumineuses, des configurations audio ou vidéo : tout cela doit pouvoir être piloté simplement quand l’usage est simple, et rester ouvert quand l’usage devient avancé.
C’est là que House 3.0 dépasse le simple chantier. On parle d’expérience continue, d’observation, d’amélioration par usage réel. On regarde comment les gens circulent, où le bruit passe, où les objets s’empilent, où la technique impressionne, où elle bloque, où elle pourrait devenir plus évidente. Puis on adapte. Encore. Mais cette fois, avec un objectif plus clair : faire évoluer la maison vers l’autonomie, autant dans le confort que dans la technologie.
Autonomiser le studio, ce n’est donc pas le figer. C’est lui permettre de mieux fonctionner, de mieux accueillir, de mieux financer le reste de l’écosystème, et de moins dépendre de mon énergie brute pour chaque usage. Après des années à construire l’outil, il est temps d’apprendre à l’habiter comme un système mature. Ou au moins comme un système qui commence à ranger ses câbles avant que les câbles ne demandent un numéro SIRET.